Observatoire Free Mobile

Accord TDF : 2 500 nouveaux sites, ou pourquoi un pylône n'appartient pas toujours à l'opérateur

TDF et Free viennent d'annoncer un accord Build-to-Suit portant sur 2 500 nouveaux sites, assorti d'un contrat de services de vingt ans. Ce montage, courant dans le secteur, éclaire une chose que la carte ne montre pas : la propriété des points hauts.

TDF et Free ont annoncé mercredi un accord de type Build-to-Suit portant sur le développement de 2 500 nouveaux sites de télécommunications en France, destinés à « poursuivre l'extension et la densification du réseau mobile 4G/5G de Free ». L'opération s'accompagne d'un contrat-cadre de services d'une durée de vingt ans, Free restant locataire principal de ces sites.

L'annonce est passée relativement inaperçue du grand public. Elle décrit pourtant, mieux que beaucoup d'autres, la manière dont se construisent aujourd'hui les réseaux mobiles.

Build-to-Suit : construire pour le compte d'un autre

Dans ce modèle, l'opérateur ne construit pas ses pylônes. Il indique où il a besoin d'un point haut, et un tiers spécialisé (une towerco, société d'infrastructures) se charge de trouver le terrain, d'obtenir les autorisations, de bâtir le support et de l'entretenir. L'opérateur devient locataire de l'emplacement où il installe ses antennes.

TDF se présente dans le communiqué comme un « opérateur d'infrastructures indépendant et neutre », avec plus de 8 800 sites en France, pylônes, tours et installations en toiture confondus. La neutralité est le cœur du modèle économique : un même support peut être loué à plusieurs opérateurs concurrents, ce qui répartit son coût.

Nicolas Thomas, directeur général de Free, justifie l'opération par la volonté d'« accélérer l'expansion et la densification de notre réseau mobile en France tout en maintenant une discipline financière rigoureuse ». La formule est transparente : externaliser la construction évite d'immobiliser du capital dans du béton et de l'acier.

Ce que la carte ne dit pas

Ce montage éclaire une limite de toute cartographie fondée sur les données de l'ANFR. Le fichier recense des supports et les opérateurs qui y ont déclaré des antennes. Il ne dit pas qui possède le pylône.

Un site affiché sur cette carte comme portant des antennes Free Mobile peut donc être : un support construit et détenu par l'opérateur, un support appartenant à une société d'infrastructures comme TDF, un château d'eau communal, le toit d'un immeuble privé, ou encore un pylône partagé avec des opérateurs concurrents. Rien, dans les données publiques, ne permet de trancher.

C'est une nuance importante quand on compare les parcs de deux opérateurs, ou quand on parle de « réseau en propre ». La notion recouvre en réalité une chaîne de propriétés et de contrats bien plus enchevêtrée que ne le suggère un point sur une carte. Ce que le fichier de l'ANFR établit avec certitude, c'est qu'un opérateur a déclaré des antennes à cet endroit, ce que détaille notre méthodologie.

Un ordre de grandeur à relativiser

2 500 sites, rapportés à un parc qui dépassait les 30 000 sites en service fin 2025 selon les chiffres commentés par l'opérateur, représentent une hausse d'environ 8 %. Ce n'est pas un changement d'échelle, c'est une densification.

Le communiqué emploie d'ailleurs ce mot à plusieurs reprises, en distinguant deux objectifs : « réduire les zones de fracture numérique » et « densifier les réseaux en zones urbaines ». Deux logiques opposées, qui produisent des sites de nature différente. En zone peu dense, il s'agit de couvrir un territoire non desservi avec un point haut de grande portée. En zone urbaine, il s'agit d'ajouter de la capacité là où le réseau sature, avec des sites plus rapprochés et souvent en bandes hautes.

Ces 2 500 sites apparaîtront progressivement dans les données publiques, au fil des autorisations délivrées par l'ANFR, puis des mises en service. Le communiqué précise que l'opération « reste soumise aux conditions réglementaires usuelles ». Les fiches départementales signalent les autorisations les plus récentes de chaque territoire : c'est là que ces nouveaux points hauts se verront d'abord, plusieurs mois avant d'émettre.

Un mouvement de fond du secteur

Le communiqué rappelle que cet accord « s'inscrit dans la continuité de la stratégie éprouvée du Groupe iliad en matière d'infrastructures », qui a donné lieu ces dernières années à plusieurs coentreprises et partenariats.

La séparation entre l'exploitation d'un réseau et la détention de ses infrastructures passives est devenue la norme européenne. Pour l'observateur extérieur, elle rend le paysage plus difficile à lire : le nombre de pylônes d'un opérateur ne mesure plus son investissement, mais l'étendue de son maillage radio. C'est d'ailleurs cette dernière dimension, la seule que les données publiques permettent de suivre, qui intéresse l'utilisateur cherchant à savoir s'il sera couvert.

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