Le Groupe iliad vient de signer un protocole d'accord avec Altice France, aux côtés de Bouygues Telecom et Orange, en vue d'acquérir SFR. Free y gagnerait 8 millions d'abonnés et 50 MHz de fréquences. Sur le sort des antennes, en revanche, le communiqué reste muet.
Le Groupe iliad a annoncé samedi la signature d'un protocole d'accord avec Altice France, aux côtés de Bouygues Telecom et Orange, en vue de l'acquisition de SFR. L'opération valorise les actifs repris par le consortium à 20,35 milliards d'euros en valeur d'entreprise, dont 6,2 milliards au titre de la quote-part d'iliad, qui indique avoir déjà sécurisé un financement de 6,5 milliards.
Pour Free, le communiqué chiffre l'apport : plus de 8 millions d'abonnés supplémentaires, soit l'intégralité de la base RED (6 millions), 1,6 million d'abonnés grand public SFR et 0,4 million de clients professionnels TPE. Le Groupe atteindrait « près de 31 millions d'abonnés en France » et deviendrait, selon lui, le troisième opérateur télécoms de l'Union européenne en nombre d'abonnés mobiles et haut débit.
50 MHz de spectre, mais lesquels ?
L'élément qui intéresse le plus directement ce site tient en une phrase. L'opération permettrait d'acquérir « un portefeuille de spectre supplémentaire de 50 MHz de fréquences, réparti sur plusieurs bandes ».
Cinquante mégahertz, c'est considérable. À titre de comparaison, Free Mobile avait bâti son réseau 4G avec un portefeuille total de 55 MHz après l'attribution des 700 MHz en 2015, et les enchères 5G de 2020 lui avaient apporté 70 MHz dans la seule bande 3,4-3,8 GHz.
Le communiqué ne précise pas la répartition entre bandes, et c'est précisément ce qui déterminera l'effet sur le terrain. Cinquante mégahertz en bandes hautes servent à écouler du trafic là où le réseau sature, sans étendre la couverture. Les mêmes cinquante mégahertz comprenant une part de bandes basses (700, 800 ou 900 MHz) auraient un tout autre effet sur les zones peu denses, où la portée prime. Tant que le détail n'est pas public, l'annonce ne permet pas de conclure.
Ce que le communiqué ne dit pas
Un point mérite d'être souligné, parce qu'il conditionne tout ce que cette carte pourrait montrer : le texte parle de bases d'abonnés et de fréquences, jamais d'infrastructures. Ni les pylônes, ni les sites, ni les accords d'hébergement de SFR n'y sont mentionnés.
C'est une réserve importante. Reprendre des clients et du spectre n'emporte pas mécaniquement la propriété des points hauts sur lesquels ce spectre était exploité. Comme le rappelait l'accord conclu avec TDF en février, les supports appartiennent souvent à des sociétés d'infrastructures indépendantes, louées aux opérateurs par contrat. Le sort de ces contrats, dans une opération de cette nature, ne se règle pas dans un communiqué d'annonce.
En clair : à ce stade, rien ne permet de dire combien de sites Free Mobile compterait à l'issue de l'opération, ni où. Nous nous garderons donc de l'anticiper.
Comment cela se verrait dans les données de l'ANFR
Le fichier public que nous exploitons recense, pour chaque support, les opérateurs qui y ont déclaré des antennes. Une réorganisation du marché s'y traduirait par des changements d'exploitant déclaré sur des installations existantes, et non par l'apparition de nouveaux points sur la carte.
Trois effets seraient alors possibles, et il faudra les distinguer avec soin. Un transfert de déclaration ferait grossir le décompte Free Mobile sans qu'aucun pylône soit construit. Une mutualisation de sites voisins pourrait au contraire faire disparaître des installations devenues redondantes. Enfin, du spectre supplémentaire activé sur des sites déjà en place apparaîtrait comme une simple modification administrative, du type de celles qui produisent les pics de « sites modifiés » que notre graphique de statistiques masque par défaut.
Aucun de ces mouvements ne dirait quoi que ce soit de la couverture réellement reçue par un abonné à une adresse donnée. C'est la limite habituelle de ces données, détaillée dans notre méthodologie.
Un calendrier long et incertain
L'opération est « soumise à la consultation des instances représentatives du personnel compétentes ainsi qu'à l'obtention des autorisations réglementaires requises ». Le consortium s'engage par ailleurs à garantir un emploi aux salariés du périmètre repris jusqu'à début 2029.
La dernière phrase du communiqué est la plus importante pour qui suit le déploiement des antennes : « Dans l'attente de l'obtention des autorisations réglementaires et de la satisfaction des conditions suspensives de l'opération, toutes les parties continueront d'opérer de manière indépendante ».
Autrement dit, rien ne changera dans les données d'implantation avant longtemps, et rien ne changera du tout si les autorités ne donnent pas leur accord. Le passage d'un marché à quatre opérateurs de réseau à un marché à trois relève d'un examen de concurrence dont l'issue n'a rien d'acquis, en France comme à Bruxelles.
Thomas Reynaud, directeur général du Groupe iliad, résume l'argumentaire dans le communiqué : « Dans un secteur qui doit investir toujours plus dans les réseaux, la cybersécurité, le cloud et l'intelligence artificielle, il faut des acteurs solides. La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se finance. » Il faudra attendre la décision des autorités, puis l'observation du terrain, pour savoir ce que cela produit sur les antennes.
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