L'ARCEP vient d'attribuer 20 MHz de la bande 2600 MHz à Free Mobile, qui n'a pas encore lancé ses offres. Une bande haute, généreuse en débit mais avare en portée, dont les propriétés dicteront la répartition des futurs sites.
L'ARCEP a communiqué jeudi soir les résultats de l'appel d'offres sur les fréquences mobiles 2600 MHz. Free Mobile obtient 20 MHz. L'opérateur n'a pas encore un seul abonné, ses offres commerciales n'étant pas lancées. Il achète pourtant déjà de quoi faire de la 4G.
Le communiqué d'Iliad ne cache pas sa satisfaction : le Groupe se dit « avec l'opérateur historique le candidat le mieux doté en spectre 4G ». Il ajoute aussitôt qu'« un déséquilibre important demeure néanmoins quant à la détention des fréquences entre opérateurs existants et Free Mobile ». Les deux affirmations peuvent coexister : le nouvel entrant est bien placé sur cette bande précise, mais son portefeuille global reste plus mince que celui de ses concurrents.
Pourquoi une bande de fréquences détermine la forme d'un réseau
Une fréquence radio n'est pas une simple ligne dans un dossier administratif. Ses propriétés physiques décident du réseau qu'on peut construire avec.
Plus la fréquence est haute, plus elle transporte de débit, et moins elle porte loin. Les 2600 MHz sont typiquement une bande haute : excellente pour écouler beaucoup de trafic sur une zone restreinte, médiocre pour couvrir une vallée ou traverser les murs d'un immeuble. Elle servira donc en priorité là où la demande se concentre, en ville, dans les gares, aux abords des zones commerciales.
Un opérateur qui ne disposerait que de bandes hautes devrait multiplier les points hauts pour couvrir la même surface qu'un concurrent équipé en bandes basses. C'est l'une des raisons pour lesquelles la densité de sites varie d'un département à l'autre sans que cela traduise mécaniquement une différence de qualité de couverture. Un département rural peu dense en pylônes peut être correctement desservi si ces pylônes émettent en fréquences basses.
Un réseau construit compatible avant l'heure
Une phrase du communiqué mérite l'attention : « Le réseau en cours de déploiement par Free Mobile est d'ores et déjà compatible 4G ». L'opérateur bâtit donc ses premiers sites en anticipant une technologie qu'il ne commercialisera que bien plus tard.
Ce choix aura une conséquence visible dans les données de l'ANFR. Les technologies ne se remplacent pas, elles s'empilent sur les mêmes supports. Un site autorisé aujourd'hui pour la 3G pourra recevoir de la 4G sans qu'un nouveau pylône soit nécessaire. Les catégories affichées sur ce site (sites 3G, sites 4G) se recouvriront donc largement et ne s'additionnent pas : les compter séparément puis en faire la somme donnerait un total dénué de sens.
C'est aussi ce qui explique la forme de l'histogramme des mises en service publié sur la page d'accueil. Les pics ne correspondent pas toujours à des vagues de construction : ils traduisent parfois des réautorisations administratives massives, quand un parc entier est redéclaré le même jour pour ajouter une bande de fréquences.
Un portefeuille encore incomplet
Ces 20 MHz constituent une première pièce, pas un aboutissement. Le communiqué le dit à sa manière en soulignant le déséquilibre persistant avec les opérateurs installés.
L'enjeu des prochaines attributions sera de compléter ce portefeuille par des bandes basses, seules capables de couvrir efficacement les zones peu denses. La logique est toujours la même : les bandes basses pour couvrir, les bandes hautes pour écouler le trafic. L'équilibre entre les deux décidera de la forme du réseau que cette carte donnera à voir.
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