Free Mobile et Orange viennent de signer un accord d'itinérance 2G, étendu à la 3G. Les abonnés du futur opérateur pourront donc capter là où Free n'a aucune antenne. C'est la principale limite d'une carte comme celle-ci, et elle mérite d'être posée dès maintenant.
Au terme d'« un processus de négociation de plusieurs mois », Free Mobile et Orange ont signé le 2 mars un accord d'itinérance nationale mobile 2G, que les deux opérateurs ont décidé d'étendre à la 3G. Le communiqué d'Iliad, publié le lendemain à 7h30, tient en quatre phrases. Elles déterminent pourtant ce que vivront les futurs abonnés, et ce qu'une carte d'antennes pourra en dire.
Capter sans antenne à proximité
L'itinérance, c'est le fait pour les abonnés d'un opérateur d'être pris en charge par le réseau d'un autre. Concrètement, un abonné Free Mobile situé dans une zone dépourvue d'antenne Free verra son téléphone se raccrocher au réseau d'Orange, sans rien avoir à faire. Pour lui, le service fonctionne. Sur une carte des antennes Free, la zone apparaît pourtant vide.
C'est la limite la plus importante à garder en tête en consultant ce site. Ce que nous affichons, ce sont des emplacements de sites autorisés par l'ANFR, c'est-à-dire des points hauts portant des antennes déclarées par l'opérateur. Ni la portée réelle du signal, ni les accords permettant d'être servi par une infrastructure tierce n'y figurent. Un territoire sans point sur la carte n'est pas nécessairement un territoire sans réseau.
Une condition de déclenchement qui en dit long
Le détail le plus révélateur du communiqué est sa dernière phrase. L'accord ne deviendra effectif que lorsque Free Mobile, « qui a pris l'engagement dans sa licence de déployer d'ici 2018 un réseau en propre couvrant au moins 90 % de la population », disposera d'une couverture d'au moins 25 % de la population.
L'itinérance n'est donc pas un substitut au déploiement, mais une béquille conditionnée à un effort préalable. Il faut d'abord bâtir un quart de la couverture par ses propres moyens pour avoir le droit de s'appuyer sur le réseau du concurrent. Le régulateur ne souhaite manifestement pas voir apparaître un opérateur de réseau qui n'aurait pas de réseau, ce que les obligations de la licence attribuée fin 2009 indiquaient déjà.
Ce que la carte va montrer, et ce qu'elle taira
Dans les premières années d'exploitation, la lecture des données de l'ANFR donnera donc une image partielle. Les sites Free Mobile devraient se concentrer d'abord dans les zones les plus peuplées, là où chaque pylône dessert le plus grand nombre d'abonnés, tandis que les campagnes resteront couvertes par itinérance. Une carte consultée à cette période laissera croire à un réseau très inégal, alors que le service, lui, sera disponible bien plus largement.
Le rapport s'inversera à mesure que le réseau propre se densifiera. Plus la part des sites en propre augmente, plus la carte devient une représentation fidèle de la couverture effective. C'est un point à réévaluer régulièrement, et non une limite figée.
Une bascule invisible pour l'abonné
Du point de vue de l'utilisateur, rien ne distinguera les deux situations. Le téléphone se raccroche au meilleur signal disponible sans indiquer à qui appartient l'antenne. Un abonné ne saura pas, à un instant donné, s'il est servi par le réseau de Free ou par celui d'Orange.
Reste une leçon de méthode, valable bien au-delà de cet accord. Chaque fois que l'on compare le nombre de sites de deux opérateurs, ou de deux départements, il faut savoir ce que le chiffre recouvre. Un site autorisé n'est pas un site en service, un site en service n'est pas une zone couverte, et une zone couverte ne l'est pas forcément par l'opérateur dont on regarde les antennes. Ces distinctions sont détaillées dans notre foire aux questions.
Une question, une erreur à signaler ? Écrivez-nous, ou consultez la foire aux questions.