Free Mobile et Orange viennent de signer un avenant organisant le désengagement progressif de l'itinérance jusqu'à fin 2020. Le communiqué livre au passage deux chiffres de couverture qui situent précisément l'état du réseau.
Iliad a annoncé mercredi que sa filiale Free Mobile et Orange ont signé un avenant à leur contrat d'itinérance 2G/3G, courant jusqu'à la fin 2020. L'objet est explicite : cet accord « met en œuvre le désengagement progressif de Free Mobile de son itinérance sur le réseau d'Orange ».
Cinq ans après l'accord initial de mars 2011, la béquille commence à être retirée. Le calendrier est connu à l'avance, ce qui change tout pour un opérateur : il sait exactement de combien de temps il dispose pour construire là où il s'appuie sur le réseau d'un autre.
Deux chiffres qui situent le réseau
Le communiqué indique que le réseau propre de Free Mobile couvre désormais 84,5 % de la population en 3G et 68,3 % en 4G. L'opérateur précise avoir respecté les deux premières obligations de déploiement de sa licence et acquis « un portefeuille de fréquences significatif ».
Ces pourcentages se rapportent à la population, pas à la surface. La nuance est considérable en France, où une part importante du territoire accueille une faible part des habitants. Couvrir 84,5 % de la population demande beaucoup moins de sites que couvrir 84,5 % du pays. C'est un biais classique des annonces de couverture, tous opérateurs confondus, et une raison de plus de regarder les données brutes de l'ANFR plutôt que les seuls taux communiqués.
Nos fiches départementales rapportent d'ailleurs le nombre de sites à deux repères distincts, la surface et la population, précisément parce que ces deux lectures ne classent pas les départements dans le même ordre.
Un avenant soumis au régulateur
Le communiqué rappelle que l'avenant sera communiqué à l'Arcep, conformément à l'article L34-8-1-1 du Code des postes et communications électroniques issu de la loi du 6 août 2015, l'autorité devant se prononcer sur sa conformité aux lignes directrices publiées le 25 mai dernier.
Ce passage, aride en apparence, dit l'essentiel : l'itinérance n'est pas une affaire privée entre deux entreprises. Le régulateur y voit un dispositif transitoire, utile à l'entrée d'un quatrième opérateur mais problématique s'il dure, puisqu'il réduit l'incitation à investir dans ses propres infrastructures.
Ce que l'extinction devrait produire dans les données
Les quatre années qui viennent devraient correspondre à une phase de construction intense. Il va falloir remplacer, zone par zone, un service rendu jusqu'ici par les antennes d'un concurrent. C'est dans les départements ruraux que l'effort sera le plus visible, puisque ce sont eux qui reposaient le plus sur l'itinérance.
L'histogramme des mises en service publié sur la page d'accueil permettra de suivre ce rythme mois par mois. C'est aussi à partir de cette période que la carte deviendra réellement informative pour un utilisateur cherchant à savoir s'il sera couvert : tant que l'itinérance joue à plein, l'absence d'antenne Free à proximité ne signifie pas grand-chose. Une fois le dispositif éteint, la présence d'un site en service devient la condition du service.
Une bascule que l'abonné ne verra pas
Du point de vue de l'utilisateur, ce désengagement se fera sans annonce ni basculement perceptible. Le téléphone se raccroche au meilleur signal disponible sans indiquer à qui appartient l'antenne.
C'est une raison supplémentaire de se méfier des impressions personnelles en matière de couverture, et de leur préférer, quand c'est possible, les données déclarées et les mesures de terrain publiées par le régulateur.
Une question, une erreur à signaler ? Écrivez-nous, ou consultez la foire aux questions.