Free ouvre commercialement la 5G avec 5 255 sites actifs couvrant près de 40 % de la population, deux mois et demi après les enchères. Le communiqué explique la stratégie à deux bandes qui permet d'aller aussi vite, et qui rendra les décomptes 5G délicats à interpréter.
Free a lancé mardi commercialement la 5G. Le communiqué annonce 5 255 sites actifs couvrant « près de 40 % de la population », et revendique le plus grand réseau mobile 5G de France en nombre de sites, sur des territoires à la fois ruraux et urbains.
Deux mois et demi seulement séparent cette ouverture de l'annonce des résultats des enchères sur la bande 3,4-3,8 GHz. Un tel délai serait impossible s'il avait fallu construire les sites. Il ne l'a pas fallu, et c'est tout l'intérêt de ce communiqué pour qui veut comprendre les données de déploiement.
Deux bandes, deux fonctions
Le texte détaille la stratégie retenue avec une clarté rare dans ce type de document. Free s'appuie sur deux bandes de fréquences :
- les 700 MHz, présentés comme la première bande pleinement disponible pour la 5G selon l'Arcep depuis la mi-2019, pour « une large couverture et un bon signal à l'intérieur des immeubles grâce aux fréquences dites basses qui présentent de très bonnes propriétés de propagation » ;
- les 3,5 GHz acquis cet automne, pour « des débits ultra-rapides (…) jusqu'à trois fois plus rapides que la 4G ».
Le communiqué ajoute que ce choix n'a rien d'original : « c'est d'ailleurs le choix technique fait par tous les opérateurs lors du déploiement de la 3G et de la 4G ». C'est exact, et c'est la clé de lecture de toute carte d'antennes. Les bandes basses couvrent, les bandes hautes débitent.
Comment 5 255 sites apparaissent en quelques semaines
La bande 700 MHz est déjà déployée sur le parc existant depuis son acquisition en 2015. Activer la 5G sur ces sites relève donc, pour l'essentiel, d'une évolution logicielle et d'une nouvelle déclaration administrative, non d'un chantier.
Cette réalité explique un phénomène que l'on va observer dans les mois qui viennent : le nombre de sites déclarés en 5G devrait progresser beaucoup plus vite que le nombre total de sites. Les technologies s'empilent sur les mêmes supports au lieu de se remplacer, si bien que les catégories 3G, 4G et 5G se recouvrent largement. Additionner « sites 3G », « sites 4G » et « sites 5G » n'a aucun sens : on compterait plusieurs fois les mêmes pylônes.
Elle implique aussi qu'un site déclaré en 5G ne délivrera pas nécessairement les débits que l'on associe à cette technologie. Une 5G en 700 MHz apporte surtout de la couverture et une meilleure efficacité spectrale ; les débits spectaculaires supposent la bande 3,5 GHz, dont le déploiement demandera beaucoup plus de temps.
Ce que le communiqué dit du travail de terrain
Une donnée mérite d'être relevée : « Plus de 2 000 personnes travaillent quotidiennement au déploiement de ce réseau sur l'ensemble du territoire ». Le communiqué précise également que Free déploie principalement des équipements européens pour ses réseaux 4G et 5G, dans la continuité de l'accord signé avec Nokia l'an dernier.
Ces effectifs rappellent une évidence que la carte fait oublier : chaque point affiché correspond à un chantier, une négociation avec un propriétaire ou une commune, un raccordement électrique et un lien de collecte. Le rythme d'apparition des nouveaux sites, visible dans nos statistiques mensuelles, est d'abord une contrainte industrielle et administrative.
Un repère pour la suite
Les 5 255 sites annoncés aujourd'hui constituent un point de départ utile. C'est à cette aune qu'il faudra mesurer la progression réelle du déploiement, en distinguant systématiquement ce qui relève de la réutilisation de bandes basses et ce qui relève de l'équipement en 3,5 GHz.
Pour suivre cette évolution département par département, notre comparatif indique pour chacun la part des sites déclarés en 5G, ainsi que la part effectivement mise en service.
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